L’article 1er de la loi de transition énergétique porte sur la réduction de 75% à 50% de la part d’électricité d’origine nucléaire d’ici à 2025, ainsi que de plafonner le parc électronucléaire à sa puissance actuelle (63,2 GW)(1).

Cette baisse serait contrebalancée par la hausse de production des énergies dites « renouvelable« , tel l’éolien ou le solaire. Nous ne reviendrons pas ici sur la faisabilité de ce projet, mais sur l’intérêt d’une baisse de production du nucléaire. En effet, la France apparaît comme possédant la plus large proportion de nucléaire pour la production d’électricité au monde, et de loin. Avec 73,3% la France dépasse ainsi largement la Belgique (52,1%) et la Slovaquie (51,7%). Cette première place sur le podium doit-elle être vue comme une avance technologique ou comme un fardeau industriel ? Il suffit de se pencher sur les études de l’IEA(2), qui fournissent un indicateur opposant les émissions de CO2 à la production globale en énergie primaire (TPES):

 

Entre 1975 et 1985, la France passe d’une émission de 62,3 T CO2/TJ à 42,2, soit une chute de 32%, alors que dans le même temps, l’Europe ne baisse que de 67,7 à 61,3 (-9%). Cette période représente le début du nucléaire civil français.

Fin 1973, le prix du pétrole double deux fois, mettant brutalement en évidence la dépendance énergétique des pays occidentaux. Alors Premier ministre de Georges Pompidou, Pierre Messmer lance un vaste programme de construction: de 4 à 6 réacteurs par an jusqu’en 1985. Le contrat-programme CP1 est engagé en 1974 et comprend 18 tranches de 900 MWe; deux ans plus tard le CP2, lancé en 1976, comprenant dix tranches. Ces programmes sont nettement visibles sur les chiffres de la production brute d’électricité en France(3):

Production brute d'électricité
Production brute d’électricité

Il faut rappeler que le nucléaire ne rejette pas à proprement parler de CO2. Les seules émissions de CO2 concernent la construction de la centrale (>1 g CO2/kWh), ainsi que pour le cycle de vie: extraction, traitement, conversion, retraitement et stockage des déchets (5,3 g CO2/kWh)(4). Ces chiffres sont à comparer avec les ~1000 g CO2/kWh d’une centrale à charbon. Pour rappel, un kWh solaire émet entre 60 et 150 g CO2/kWh, venant du cycle de vie des panneaux.

Production (pour 1 kWh) Emissions de CO2 (g)
Hydraulique 4
Nucléaire 6
Eolien 3-22
Photo-voltaïque 60-150
Charbon 978

Partant de ces informations, la diminution du parc nucléaire français n’est pas une solution écologique mais idéologique. Il apparaît même qu’en cycle complet, les énergies telles l’éolien ou le photo-voltaïque, rejettent plus de CO2 que le nucléaire! L’Agence Internationale de l’Energie vient de publier un rapport précisant que le nucléaire va jouer un rôle important dans la stratégie climatique(5). La production d’énergie nucléaire devra doubler d’ici 2050 pour que le monde puisse répondre à l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés.

  1. Assemblée Nationale: Projet de loi N°2188 – Transition énergétique pour la croissance verte []
  2. IEA: CO2 Emissions From Fuel Combustion Highlights 2014 []
  3. CGDD: Chiffres clés de l’énergie – février 2015 – p.26 []
  4. SFEN/EDF: Le contenu en CO2 des différentes filières de production d’électricité []
  5. IEA: Technology Roadmap – Nuclear Energy []
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